Autant être directe : « logiciel RH pour ESSMS », ça ne veut pas dire grand-chose tant qu’on n’a pas posé deux ou trois questions. Un ESSMS, c’est un établissement ou un service social ou médico-social au sens de l’article L312-1 du Code de l’action sociale et des familles : IME, MAS, FAM, ESAT, SESSAD côté handicap, MECS pour la protection de l’enfance, CHRS pour l’insertion, SAAD et SSIAD pour le domicile… et, oui, les EHPAD aussi. L’EHPAD est un ESSMS. Comme je lui ai déjà consacré un guide dédié aux logiciels RH pour EHPAD, je traite ici toutes les autres structures : handicap, protection de l’enfance, insertion, domicile.
J’ai passé du temps à éplucher les solutions que les directeurs et responsables RH de ces structures citent réellement, et à recouper prix et fonctionnalités sur les pages officielles des éditeurs. Deux constats reviennent. Le premier : presque aucun prix n’est public dans ce secteur, tout ou presque se joue sur devis. Le second, plus piégeux : on confond en permanence deux familles de logiciels qui ne font pas le même métier. Voici comment vous y retrouver, sans jargon.
Le verdict : il existe de vrais logiciels RH/paie/gestion des temps sérieux pour les ESSMS, mais le marché est opaque et le principal risque est de se tromper de famille d’outil. · Prix : sur devis presque partout en 2026 ; la seule grille publique claire côté SIRH généraliste est celle d’Eurécia (à partir d’environ 5 € HT/utilisateur/mois, paie et DSN en option). · Essai gratuit : rare en libre-service ; Eurécia propose 30 jours, les outils spécialisés passent par une démo. · À retenir : le bon critère n’est pas le tarif affiché, c’est la capacité à gérer vos conventions (CCN 66, CCN 51, branche de l’aide à domicile) et à ne pas confondre un logiciel RH avec un logiciel métier (dossier usager, qualité).
Un ESSMS n’est pas un EHPAD (mais l’EHPAD en est un)
Commençons par déminer le vocabulaire, parce que la confusion coûte cher au moment de choisir un outil. Le sigle ESSMS regroupe une seize catégories d’établissements et de services listées à l’article L312-1 du CASF. En pratique, quand on parle de « logiciel RH ESSMS » hors EHPAD, on vise surtout :
- le handicap : IME, ITEP, MAS, FAM, ESAT, SESSAD ;
- la protection de l’enfance : MECS, foyers ;
- l’insertion et l’hébergement : CHRS ;
- le domicile : SAAD, SSIAD, désormais regroupés en services autonomie à domicile.
Ces structures partagent des contraintes proches de celles des EHPAD — planning d’internat, roulements, parfois travail de nuit, tutelle publique — mais avec leurs propres conventions et leurs propres exigences de reporting. Un logiciel de paie « tout public » ne suffit quasiment jamais tel quel.
Le vrai casse-tête RH : plusieurs conventions à la fois
C’est le point qui déclenche le plus de galères de paie. Un gestionnaire ESSMS applique fréquemment plusieurs conventions collectives selon ses activités et son histoire. Chacune a ses grilles, ses valeurs de point, ses primes et ses majorations (dimanche, jours fériés, nuit). Voici les textes qui reviennent en 2026.
| Convention | IDCC | Qui l’applique |
|---|---|---|
| CCN 66 (15 mars 1966, portée par Nexem) | 0413 | Handicap et inadaptation : IME, MAS, FAM, ESAT, SESSAD, MECS… |
| CCN 51 / FEHAP (31 octobre 1951) | 0029 | Sanitaire, social et médico-social privé non lucratif |
| Branche de l’aide à domicile (BAD) | 2941 | SAAD, SSIAD, services autonomie à domicile |
Attention à un piège très répandu sur le web : la « CCN 51 » renvoie à l’année 1951, mais son IDCC réel est 0029, pas 0051. De même, la « CCN 66 » porte l’IDCC 0413. Un éditeur qui se trompe là-dessus dans sa fiche produit ne m’inspire pas confiance sur sa veille conventionnelle.
Concrètement : si vous gérez plusieurs activités relevant de conventions différentes, il vous faut un moteur de paie multi-conventions capable de tenir CCN 66, CCN 51 et éventuellement la BAD dans un même dossier. Sinon, vous recalculez des éléments à la main tous les mois, et c’est là que les erreurs s’installent.
La convention unique : ce qui se prépare, ce qui ne s’applique pas encore
Vous entendrez peut-être parler d’une convention collective unique (souvent abrégée CCUE) destinée à remplacer, à terme, la CCN 66, la CCN 51 et les autres textes du secteur privé non lucratif. Soyons clairs : elle n’est pas en vigueur en 2026. Les partenaires sociaux ont signé des accords de méthode agréés en 2024, mais la négociation se poursuit et bute encore sur les classifications et les rémunérations. Tant que ce texte n’est pas publié et étendu, ce sont bien la CCN 66 et la CCN 51 qui s’appliquent. Méfiez-vous d’un commercial qui vous vend un outil « déjà prêt pour la convention unique » : il n’y a pas de date d’entrée en vigueur confirmée à ce jour.
Le piège n°1 : logiciel RH ou logiciel métier ?
C’est l’erreur que je vois le plus souvent, et elle fait perdre des semaines. Dans un ESSMS cohabitent deux mondes logiciels qui n’ont rien à voir :
- le logiciel métier — dossier usager informatisé (DUI), suivi des soins et des accompagnements, gestion de la qualité et préparation de l’évaluation HAS. Des noms comme Netsoins, Imago, Arche MC2 (dossier usager) ou AGEVAL (qualité) vivent dans ce monde-là ;
- le logiciel RH — paie multi-conventions, gestion des temps et des plannings, congés et absences, SIRH. C’est ça, le sujet de cette page.
Un DUI ne fait pas votre paie. Un logiciel qualité ne gère pas vos plannings de nuit. Si un prestataire vous propose « une solution qui fait tout », demandez précisément quel module produit le bulletin et la DSN, et lequel gère le dossier de l’usager : ce sont presque toujours deux briques, parfois deux éditeurs, reliés par une passerelle. Notez-le noir sur blanc avant de signer.
Le comparatif des solutions RH citées sur le terrain
Voici les logiciels RH, paie et gestion des temps qui reviennent réellement chez les gestionnaires d’ESSMS, avec ce que j’ai pu confirmer sur les sources officielles. Je me limite volontairement aux outils RH/paie/GTA — pas aux logiciels métier évoqués plus haut.
| Éditeur | Ce qu’il fait | Prix affiché | Essai |
|---|---|---|---|
| Octime | Gestion des temps et planning, veille CCN 51/66/FPH | Sur devis | Démo |
| NOVRH Care | SIRH + paie dédié santé/médico-social, multi-conventions | Sur devis | Démo |
| Berger-Levrault / Nibelis | RH, paie et GTA, offres public et privé non lucratif | Sur devis | Démo |
| Silae | Paie multi-conventions (via partenaire ou expert-comptable) | Pas de grille publique* | Via partenaire |
| Horoquartz (eTemptation) | Gestion des temps et planning multi-établissements | Sur devis | Démo |
| Eurécia | SIRH modulaire généraliste (congés, temps, notes de frais) ; paie en option | Dès ~5 € HT/util./mois | 30 jours |
*Silae se vend presque toujours via un cabinet partenaire ou votre expert-comptable ; les tarifs « au bulletin » que l’on lit sur les comparateurs ne viennent pas de l’éditeur et je ne les reprends donc pas comme officiels. Aucun prix ferme n’est inventé dans ce tableau : ce qui est « sur devis » l’est vraiment.
Comment lire ce tableau selon votre besoin
- Vous cherchez d’abord la paie multi-conventions : regardez du côté de NOVRH Care, Silae (via votre expert-comptable) ou Berger-Levrault/Nibelis, qui assument la veille CCN 66/51.
- Votre douleur, c’est le planning et les roulements : Octime et Horoquartz sont des spécialistes de la gestion des temps, à coupler à votre paie ; on retrouve la même logique dans notre comparatif des logiciels de planning.
- Vous êtes une petite structure et voulez tester en autonomie : Eurécia est le seul à afficher un prix et un essai de 30 jours, mais c’est un généraliste — vérifiez que sa paie tient bien votre convention avant de vous engager.
Ce que votre paie doit savoir gérer en 2026
Au-delà des conventions, trois sujets d’actualité pèsent sur la RH d’un ESSMS. Votre outil — ou votre prestataire de paie — doit les tenir.
- Le Ségur (CTI) : le complément de traitement indiciaire est de 183 € nets par mois (environ 238 € bruts). Son extension aux professionnels de la branche associative repose sur l’accord du 4 juin 2024, agréé par décret en août 2024. Attention : l’extension n’a pas été universelle — il reste des fonctions « oubliées du Ségur » selon les conventions. Votre paie doit intégrer le CTI pour les postes éligibles, sans le généraliser à tort.
- L’évaluation HAS : depuis 2023, une évaluation unique par la HAS remplace les anciennes évaluations interne et externe, sur un référentiel national et selon un rythme de cinq ans. C’est un enjeu qualité, pas RH — mais elle mobilise vos équipes et vos données d’effectifs, donc un SIRH qui sort proprement vos indicateurs vous fait gagner un temps précieux.
- Le CPOM : le contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (cinq ans maximum) se signe avec l’ARS et/ou le Conseil départemental selon votre catégorie. Il suppose de produire des données d’effectifs et de masse salariale fiables — encore un point où un bon outil RH fait la différence.
Et bien sûr, la DSN mensuelle reste obligatoire, comme pour tout employeur. Un logiciel qui ne produit pas une DSN conforme est éliminatoire, point. Si vous partez d’une base généraliste, jetez un œil à notre panorama des logiciels de paie en ligne.
Pas de prix public : les questions à poser avant de signer
Puisque tout se joue sur devis, votre pouvoir de négociation tient à la précision de vos questions. Avant de signer, je vous conseille de demander par écrit :
- « Gérez-vous nativement la CCN 66, la CCN 51 et, si besoin, la branche de l’aide à domicile, dans un même dossier ? »
- « Le prix annoncé est-il tout compris : paramétrage, reprise de données, formation, maintenance et mises à jour conventionnelles ? »
- « Qui produit la DSN, et qui gère le dossier usager : le même outil ou deux briques ? »
- « Comment sont répercutées les évolutions de convention et les revalorisations comme le Ségur ? »
- « Puis-je voir une démo sur mes propres cas (roulements, nuit, multi-établissements) avant de m’engager ? »
Un éditeur sérieux répond sans détour. Si les réponses restent floues sur la veille conventionnelle ou sur le périmètre du prix, c’est un signal.
Mon conseil pour une petite structure ESSMS
Ne cherchez pas la licorne qui « fait tout ». Séparez clairement deux besoins : votre logiciel métier (dossier usager, qualité) et votre outil RH/paie/GTA. Sur la partie RH, le vrai critère est la maîtrise de vos conventions — CCN 66, CCN 51, aide à domicile — et la capacité à gérer vos plannings et vos roulements. Pour une petite structure, un spécialiste médico-social comme NOVRH Care ou une paie confiée à votre expert-comptable sur Silae tiennent souvent mieux la route qu’un généraliste, mais Eurécia reste le seul moyen de tester avant d’acheter. Exigez un devis tout compris et une démo sur vos cas réels. Je note cette catégorie 3/5 : les outils sont sérieux, mais l’opacité des prix et le risque de confusion avec les logiciels métier compliquent inutilement le choix.
Questions fréquentes
Un EHPAD est-il un ESSMS ?
Oui. L’EHPAD fait partie des catégories d’établissements listées à l’article L312-1 du CASF, dans le champ des personnes âgées. Quand on parle de « logiciel RH ESSMS » sans viser les EHPAD, on désigne les autres structures : handicap, protection de l’enfance, insertion, domicile.
Quelle convention collective s’applique à mon ESSMS en 2026 ?
Le plus souvent la CCN 66 (IDCC 0413) dans le secteur du handicap et de l’inadaptation, la CCN 51 / FEHAP (IDCC 0029) dans le privé non lucratif, ou la branche de l’aide à domicile (IDCC 2941) pour les services à domicile. La convention collective unique du secteur est encore en négociation : elle n’est pas entrée en vigueur en 2026.
Pourquoi n’y a-t-il pas de prix affichés pour ces logiciels ?
Le marché RH du médico-social fonctionne presque exclusivement sur devis en 2026. Le tarif dépend du nombre de salariés, du nombre d’établissements, des modules retenus, des conventions à paramétrer et du coût de mise en œuvre. Seul Eurécia affiche une grille publique (à partir d’environ 5 € HT/utilisateur/mois), mais c’est un SIRH généraliste.
Faut-il un logiciel différent pour le dossier usager et pour la paie ?
En général, oui. Le dossier usager informatisé (DUI) et la qualité relèvent de logiciels métier ; la paie, la gestion des temps et le SIRH relèvent d’outils RH. Certaines structures les font cohabiter avec une passerelle. Avant de signer, demandez précisément quel module produit la DSN et lequel gère le dossier de l’usager.
Mon logiciel de paie doit-il gérer plusieurs conventions ?
Si vous portez des activités relevant de conventions différentes (par exemple handicap en CCN 66 et service à domicile en BAD), alors oui : il vous faut un moteur de paie multi-conventions capable de tenir les grilles, valeurs de point et majorations propres à chaque texte, sinon vous corrigez des éléments à la main chaque mois.